Edito Juin 2026
Après le sommet liturgique de la fête de la Pentecôte qui a regonflé nos voiles spirituelles, le mois de juin coïncide avec le retour du temps « ordinaire », qui reprend son cycle après la double interruption du carême et du temps pascal. Le sommet liturgique de la Pentecôte laisse place subitement au temps ordinaire, dès le lundi, depuis que la réforme conciliaire a supprimé l’octave qui en prolongeait la solennité. Heureuse réforme liturgique qui permet de prendre conscience que l’Esprit Saint qui agit en nous n’est pas réservé aux temps spéciaux, mais porte le concret de nos vies …. Rappelons-nous que, lors de ses premières apparitions, le Christ ressuscité a appelé ses disciples à retourner en Galilée : « c’est là qu’ils le verraient » (Mt 28,10). La Galilée d’où ils sont originaires est le lieu de vie et de travail. C’est là que le Christ les appelle !
Après la Pentecôte, devons-nous revenir à une vie plate et tiède du quotidien ? C’est précisément l’inverse. C’est l’ordinaire qui est appelé à être vécu de façon « extraordinaire ». Les jours ordinaires du chrétiens n’en sont plus : ils sont une fête. C’est pour cela que le jour liturgique standard, sans événement ni solennité s’appelle une « ferie », une « fête » qui sublime les habitudes endormantes et les réalités les plus pesantes de nos vies. Les croix de notre quotidien et de nos labeurs sont transfigurées à la lumière de la résurrection. Elles sont chargées d’un sens nouveau. Désœuvrés entre Pâques et l’Ascension, les Apôtres reviennent à leur ancienne occupation : la pêche. Et c’est là, sur le lac de Galilée, que le Christ ressuscité va les rejoindre dans l’Évangile de Jean pour susciter un coup de filet miraculeux (Jn21). Jésus leur fait comprendre que leur quotidien est désormais transformé, sublimé : la pêche à laquelle reviennent les disciples sur le lac de Galilée n’est plus un simple métier routinier ; désormais, « ce sont des hommes que tu prendras ».
Le temps ordinaire ne doit donc pas nous endormir : il est celui du temps habituel du chrétien, celui de la fécondité spirituelle. Oui, mais mais comment prendre le temps de la mission de Dieu au milieu de la frénésie des activités de fin d’année, des fêtes d’écoles, des concerts de fin d’année des enfants, des réunions de travail des parents… ?
Mais c’est peut-être précisément ici que le Seigneur nous appelle, mais avec l’Esprit-Saint : quelle inspiration de l’Esprit je demande intérieurement pour consoler ce collègue malade ? Quel service je peux proposer, toujours dans l’Esprit saint, à cette maman épuisée ? Quelle Parole de la Bible m’habite pour venir exhorter cet homme au chômage qui me fait part de sa détresse ? Quel temps je choisis de consacrer à Dieu dans ma journée et mes vacances à venir pour nourrir la flamme de mon âme ?
Alors oui, l’Esprit Saint n’est plus cantonné au placard de la sacristie, ni réservé aux cantiques de l’Église, mais il vit et agit à l’intérieur de moi pour apporter la fécondité de Dieu dans le concret de ma vie et de mes rencontres. C’est ce qu’à vécu sainte Thérèse de l’Enfant Jésus : « Rendre extraordinaires toutes choses ordinaires ».
Père François RAIMBAULT